Ozempic : miracle minceur ou fausse bonne idée ?

Federico COSTANTINO • 26 mai 2026

Depuis quelques années, un nom revient sans cesse dans les conversations, sur les réseaux sociaux et dans les médias : l'Ozempic. Présenté tantôt comme une révolution médicale, tantôt comme le secret minceur des célébrités hollywoodiennes, ce médicament injectable fait l'objet d'un engouement mondial sans précédent. Derrière le buzz médiatique, la réalité scientifique est bien plus nuancée. Le Dr Federico Costantino, chirurgien bariatrique à Strasbourg, fait le point sur ce médicament qui suscite autant d'espoirs que de malentendus.

Qu'est-ce que l'Ozempic et à quoi sert-il vraiment ?

L'Ozempic est un médicament injectable commercialisé par le laboratoire danois Novo Nordisk. Son principe actif est le sémaglutide, une molécule appartenant à la famille des agonistes du récepteur GLP-1 (glucagon-like peptide-1). Le GLP-1 est une hormone naturellement produite par l'intestin après un repas : elle stimule la sécrétion d'insuline, freine la production de glucagon et ralentit la vidange gastrique, contribuant ainsi à réguler la glycémie après les repas.


Un médicament conçu pour les diabétiques de type 2

L'Ozempic a obtenu son autorisation de mise sur le marché en Europe en 2018 pour le traitement du diabète de type 2. Son objectif premier est d'améliorer le contrôle de la glycémie chez les patients diabétiques, en complément d'un régime alimentaire adapté et d'une activité physique régulière. Ce point est fondamental et souvent occulté dans le débat public : l'Ozempic est avant tout un médicament pour diabétiques, qui n'a pas été conçu, ni approuvé à l'origine, pour traiter l'obésité chez des personnes non diabétiques.


Un effet secondaire qui a tout changé

Lors des essais cliniques, les chercheurs ont observé que les patients perdaient du poids de manière significative en parallèle de l'amélioration de leur glycémie. Cet effet s'explique par l'action du sémaglutide sur les centres de la satiété dans le cerveau, réduisant l'appétit et prolongeant la sensation de satiété. C'est précisément cet effet secondaire qui a déclenché l'engouement mondial que l'on connaît aujourd'hui, bien au-delà du cercle des patients diabétiques pour lesquels il avait été développé.


L'Ozempic détourné de son usage : une dérive aux conséquences graves

Dès que la capacité de l'Ozempic à favoriser la perte de poids a été médiatisée, le médicament a connu une popularité fulgurante. Des personnalités publiques, des influenceurs et des particuliers en quête de résultats rapides se sont tournés vers ce traitement, souvent sans prescription médicale adaptée ou en obtenant des ordonnances de complaisance via des plateformes de téléconsultation peu scrupuleuses.


Des pénuries qui pénalisent les patients diabétiques

Cette ruée sur l'Ozempic a eu des conséquences dramatiques pour les patients diabétiques de type 2, ceux pour qui le médicament a été développé. Dans de nombreux pays européens, dont la France, des pénuries importantes ont été signalées dès 2022 et se sont prolongées plusieurs années. Des patients diabétiques se sont retrouvés dans l'impossibilité de se procurer leur traitement, avec des risques réels de déséquilibre glycémique et de complications graves. L'Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) a dû prendre des mesures pour encadrer les prescriptions et limiter les dispensations abusives, illustrant de manière concrète les effets pervers d'un usage détourné au détriment des personnes qui en ont le plus besoin.


Un accès facilité par les plateformes numériques

L'essor des téléconsultations et des pharmacies en ligne a considérablement facilité l'accès à l'Ozempic pour des personnes non diabétiques. Certaines plateformes ont proposé des prescriptions expéditives, sans évaluation médicale sérieuse ni suivi adapté. Cette pratique est non seulement dangereuse sur le plan médical, mais elle a directement contribué à alimenter les pénuries touchant les patients diabétiques légitimement traités.


L'Ozempic fait-il vraiment maigrir ? Ce que disent les études

Les études cliniques confirment que le sémaglutide entraîne bien une perte de poids chez les personnes obèses ou en surpoids. Dans le cadre des essais STEP, menés sur des patients non diabétiques présentant une obésité, une perte de poids moyenne de 15 % du poids corporel a été observée sur 68 semaines avec une dose de 2,4 mg de sémaglutide par semaine. Ces résultats sont réels et constituent une avancée notable dans le traitement médicamenteux de l'obésité.


Des résultats qui s'évaporent à l'arrêt du traitement

Ces résultats doivent toutefois être mis en perspective. Plusieurs études ont démontré que l'arrêt du traitement entraîne, dans la majorité des cas, une reprise significative du poids perdu. Une étude publiée dans la revue Diabetes, Obesity and Metabolism a montré que les patients ayant arrêté le sémaglutide avaient repris en moyenne les deux tiers du poids perdu dans l'année suivant l'arrêt. Pour maintenir les résultats obtenus, le traitement doit donc être poursuivi indéfiniment, ce qui soulève des questions importantes en termes de coût, de tolérance à long terme et de dépendance médicamenteuse.


Des effets secondaires à ne pas minimiser

L'Ozempic n'est pas un médicament anodin. Ses effets indésirables les plus fréquents sont d'ordre digestif : nausées, vomissements, diarrhées, constipation et douleurs abdominales touchent une proportion importante des patients, surtout en début de traitement. Des effets plus rares mais plus graves ont également été rapportés, notamment des pancréatites, des troubles de la vision liés à une rétinopathie diabétique et des réactions au site d'injection. Des études animales ont par ailleurs mis en évidence un risque potentiel de tumeurs thyroïdiennes, même si ce lien n'a pas encore été formellement établi chez l'humain. Un suivi médical rigoureux est donc indispensable pour toute personne sous Ozempic.


Ozempic et chirurgie bariatrique : deux approches qui ne se comparent pas

La question du positionnement de l'Ozempic par rapport à la chirurgie bariatrique revient fréquemment en consultation. Les deux approches répondent à des logiques médicales différentes et ne s'adressent pas aux mêmes profils de patients.

Une efficacité et une durabilité sans commune mesure

La chirurgie bariatrique, qu'il s'agisse d'une sleeve gastrectomie, d'un bypass gastrique, d'un anneau gastrique ou d'une dérivation biliopancréatique, produit des résultats nettement supérieurs en termes de perte de poids totale et de maintien à long terme. Les études de suivi sur dix ans et plus montrent que la majorité des patients opérés conservent une perte de poids significative et durable, sans recourir à un traitement médicamenteux à vie.

La chirurgie agit par ailleurs sur des mécanismes multiples et complémentaires : restriction de la capacité gastrique, modification des hormones digestives, transformation profonde du microbiote intestinal et remodelage du métabolisme. Ces effets combinés produisent des résultats bien au-delà de ce qu'un médicament seul peut accomplir.


Un impact prouvé sur les maladies associées à l'obésité

L'un des avantages majeurs de la chirurgie bariatrique réside dans son impact démontré sur les comorbidités liées à l'obésité. De nombreuses études ont établi que la chirurgie permet une rémission complète ou partielle du diabète de type 2 dans une large proportion des cas, une normalisation de la pression artérielle, une amélioration significative du syndrome d'apnée du sommeil et une réduction marquée du risque cardiovasculaire global. Ces bénéfices témoignent de l'efficacité globale de la chirurgie bariatrique, bien au-delà de la simple perte de poids.


Quelle place pour le sémaglutide dans la prise en charge de l'obésité ?

Le sémaglutide n'est pas sans intérêt dans le traitement de l'obésité, à condition d'être utilisé dans le cadre approprié. C'est précisément pour répondre à ce besoin médical que Novo Nordisk a développé le Wegovy, une version du sémaglutide à dose plus élevée (2,4 mg par semaine), spécifiquement approuvée pour le traitement de l'obésité, contrairement à l'Ozempic qui reste indiqué pour le diabète de type 2.


Le Wegovy, une alternative sérieuse pour certains profils de patients

Le Wegovy peut être envisagé pour des patients présentant un surpoids ou une obésité modérée ne remplissant pas les critères d'éligibilité à la chirurgie bariatrique, ou souhaitant explorer une option médicamenteuse avant d'envisager une intervention chirurgicale. Il peut également constituer un complément utile dans certaines situations post-opératoires spécifiques, sous strict contrôle médical. 


Un traitement qui ne dispense pas d'une prise en charge globale

Qu'il s'agisse de l'Ozempic, du Wegovy ou de la chirurgie bariatrique, aucune solution ne fonctionne de manière isolée. La prise en charge de l'obésité est une démarche globale qui associe une intervention médicale ou chirurgicale à un suivi nutritionnel rigoureux, un accompagnement psychologique et une modification durable des habitudes de vie. C'est cette approche pluridisciplinaire qui est proposée au sein du Centre de l'Obésité de Sainte-Anne à Strasbourg, labellisé par la SOFFCO-MM.


Conclusion : l'Ozempic, un outil médical mal utilisé

L'Ozempic est un médicament sérieux, développé pour une indication précise, dont les effets sur le poids sont réels mais conditionnés à une prise en charge médicale rigoureuse et à un usage strictement approprié. Son détournement massif par des personnes non diabétiques a causé des préjudices importants aux patients pour lesquels il a été conçu, et ses limites en termes de maintien du poids à long terme en font une solution insuffisante pour les obésités sévères.

Pour ces patients, la chirurgie bariatrique demeure la référence, avec des résultats prouvés et durables sur la perte de poids et les pathologies associées. Pour toute question sur la prise en charge de l'obésité à Strasbourg, le Dr Federico Costantino est disponible pour une consultation personnalisée via Doctolib.

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